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Il pleuvait depuis deux jours, les doigts de l'automne secouaient les nuages pour en presser une eau froide et cafardeuse qui glaçait la terre. En mon cœur la lumière des chaudes matinées d'été tardait à s'assoupir, l'air transparent charriait des images auxquelles ma peau réagissait. Mon corps était convalescent, mes bras orphelins de la chaleur de la femme aimée trop vite disparue. C'était voilà déjà trois années, septembre résonnait encore du glas écrasant de l'ombre de l'amour : « je t'aime et il ne faut plus se voir ».
Style : Nouvelle | Par wasser | Voir tous ses textes
Je souffle les braises
Je souffle les braises cendrées
Sur votre nom décliné
Par une plume que j'ai volé
Je souffle les mots consumés
Courant dans la boue
Le bras droit emporté par la fièvre animale
Sur la route filmée de la fin d'un monde
La reconquête des amputés
Style : Poème | Par PascalDufrenoy | Voir tous ses textes
15 Avril 2057, km 40 Nord de Haïfa.
Sous l'horizon laiteux se découpaient les ombres des collines du Liban entourant la plaine. Depuis plus de deux heures, le grondement de l'artillerie à fusion totale avait cessé.
Près de la piste, dans le calme revenu, le murmure d'un ruisseau faisait entendre sa mélodie incongrue.
Style : Nouvelle | Par PascalDufrenoy | Voir tous ses textes
C'était un matin comme tous les autres pour le père la misère. Depuis son petit pavillon merlin cage à lapin de banlieue il observe la lueur du soleil gris sur sa banlieue grise. Quarante ans d'expérience pour observer le soleil vous pose un avis d'expert et ce matin, est vraiment gris. Son corps moulu et grinçant se traîne vers son jardin, son seul plaisir sur terre, où s'ébattent avec grâce dans un verger digne des dieux, deux pommiers magnifiques et chargés de fruits énormes et juteux. Ces arbres font sa gloire dans toute la banlieue et un grand nombre de chenapans viennent à son insu se régaler des fruits de son amour et de sa passion.Il est encore bien trot tôt pour qu'un visiteur ait eu l'audace de franchir le mur délabré qui ceint son jardin, alors le père la misère bichonne son jardin, taille, sarcle, fume.
Style : Pensée | Par stefane A | Voir tous ses textes
« Qu'il te soit donné autant que tout ce qu'il nous est offert ». Courbée devant cette stèle gravée, la petite fille animée par sa curiosité cherchait le nom du défunt. La tombe ne possédait rien d'autre que cette inscription à peine déchiffrable. Un amas de terre était sauvagement traversé par quelques brindilles abandonnées, détachées du temps. Les quelques cèdres au bord de l'océan pacifique paraissaient les seuls témoins de cette énigme. Trouver une tombe en se promenant était si surprenant que l'enfant cessa tout désir de poursuivre son chemin. Arina, sa mère, touchée intimement par l'attitude de son enfant, s'assit sur un caillou face à cette signature.
Style : Nouvelle | Par muriel barkats | Voir tous ses textes
Qu'y-a-t'il à faire pour demain ?
La même chose qu'aujourd'hui mais autrement !
Merci, Chone, ça m'avance pas beaucoup...
Tu veux quoi toi pour demain ?
Ben... ch'sais pas...
Bon alors, c'est quand même pas à moi à te dire ce que tu sais pas sur ce que tu voudrais. T'en as beaucoup des questions verrouillées de ce genre ?
On fait quoi maintenant ?
Style : Réflexion | Par muriel barkats | Voir tous ses textes
Je m'appelle James et je suis comédien de X. « Hardeur ». Mon métier n'est pas pire qu'un autre et il comporte l'inestimable avantage de rapporter beaucoup d'argent quand on s'y prend bien et qu'on ne compte pas les heures. Mon nom commence à être un nom et c'est désormais les producteurs qui m'appellent. La roue a tourné. Après une longue période de vaches maigres et de coups de fil inutiles à des producteurs de seconde zone, c'est moi qui désormais attends que le téléphone sonne et que l'on me propose des contrats tous plus juteux les uns que les autres.
Style : Poème | Par matt | Voir tous ses textes
Lolita nie en bloc
Quoi au fait ?
Tout ce qu'elle sait déjà.
Les règles élémentaires du vivre, de l'aimer, du se comporter.
Elle virevolte en dessus de ce qu'elle sait pour oublier ce qu'elle ignore,
Pour s'oublier elle-même dans une extase folle et interdite et solitaire.
Interdit.
Voilà le mot.
Interdit de ne pas aimer celui qui lui est destiné.
Interdit d'aimer celui qu'elle ne doit même pas rencontrer. Qu'elle aime.
Déjà.
Style : Poème | Par matt | Voir tous ses textes
Un avion, un bulletin, un sondage, dans ton cul.
Une urne pleine, une idée vide,
un conflit d'idées neuves, un vieux conflit d'idées
pas si neuves, une mémoire saturée et sélective,
un oubli collectif et une manif à plusieurs,
la solitude de l'isoloir, la multitude des défouloirs,
un bruit de bottes dans les couloirs, une peine de mort en moratoire,
un buste droit en chemise noire.
Style : Poème | Par matt | Voir tous ses textes
à Philippe de Broca
Je suis dans ma chambre. J'écris. Mon vieux radio cassette passe pour la énième fois cette vieille cassette des Stones que j'aime tant. Elle en est à Neighbours. Par habitude, je monte toujours un peu le son sur celle-là. Je l'aime bien. Immédiatement, la narration se fluidifie et les idées me viennent mieux. Macha, mon héroïne va tomber gravement malade et peut-être l'ami Vlad va-t-il se précipiter chez elle pour lui soutenir la tête lors de son dernier soupir. Il lui doit bien ça après tout. Après tout ce qu'il lui a fait subir à cette pauvre Macha. Je vous raconte ? Rapide alors.
Style : Nouvelle | Par matt | Voir tous ses textes
Quand je rentrai chez moi ce jour-là, je trouvai Michel affalé dans le fauteuil défoncé, roulant un bon pétard.
« Salut, ç'a été ta journée ?
_ Non, la misère. Ce matin en me levant, je veux faire du café et la cafetière était restée dans le salon (enfin, le pot de la cafetière en fait) et y avait les deux Michel, tu sais, les potes de Michel, qui squattaient le canapé. J'y vais, tu vois, sans faire de bruit, à pas de velours, je chope la cafetière (enfin le pot de la cafetière), je reviens dans la cuisine - et attention, tout ça dans le noir absolu pour pas réveiller les cons - je vais mettre de l'eau dedans, tu vois, et là... ils avaient vomi dedans ces bâtards ! Je te jure. Vomi dans la cafetière (enfin dans le pot quoi)... Un tout petit peu dur à huit heures du mat'. Bon. Je la lave comme je peux. Et là... Plus de café. Dans ta gueule, Michel. / Et toi ?
Style : Poème | Par matt | Voir tous ses textes
Longtemps, j'ai lu Proust de bonne heure. Et puis j'ai arrêté. Parce que je suis mort. Un fan de Céline m'a logé une balle dans le crâne et ne m'a pas fait crédit de ma mort. Il a fait un tout petit trou. Du beau boulot. Rien à dire. Un pro le mec. Il est arrivé par derrière. Peinard. Il a gentiment appuyé son canon sur l'arrière de ma tête et pouf.
Depuis un moment je ne lisais plus Proust. Je n'en avais plus le temps depuis qu'un client m'avait branché sur une drôle d'affaire en fait. Une affaire qui tombait au bon moment parce que j'étais présentement complètement fauché. Il avait pénétré dans mon bureau aux aurores et m'avait asséné une affaire. Un travail, quoi. Monsieur, j'ai beaucoup entendu parler de vous. Le bla bla habituel. Je veux un type discret : Lisez tout Céline ! Monsieur, au plaisir. Et il était reparti, me laissant une enveloppe kraft sur le bureau avec vingt mille balles dedans et Voyage au bout de la nuit en NRF.
Style : Nouvelle | Par matt | Voir tous ses textes
Hier j'ai eu un rencard
Avec une fille que j'avais rencontré dans le bus
Je lui ai donné rendez-vous à la demi sur la place de Thiers
On était là tous les deux et je lui ai proposé d'aller boire un verre dans un bar
Elle a commandé un demi et moi un whisky,
Un double bien sûr.
On buvait nos boissons en silence et je me demandais quand j'allais passer au dessert.
Comme si elle lisait dans mes pensées, elle me dit :
Style : autre | Par Benoit Walravens | Voir tous ses textes
Comme la Lune à la Terre
Comme le Ciel à la Mer
Comme les notes à la musique
De la France à la Belgique
Les jours passent et se ressemblent
Les hivers dans lesquels je tremble
Je ne les compte plus sur mes doigts
Ils sont engourdis par le froid
Style : Poème | Par Benoit Walravens | Voir tous ses textes