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LA NOYEE DU VACCARES (suite2) par AURELIA

LA NOYEE DU VACCARES (suite2)

 

 

Tous les gardians des mas alentours se réunissaient pour l'encadrement des taureaux choisis pour participer à la fête votive. C'était « l'abrivado » qui déferlait dans les rues, et les taureaux choisis pour la course à la « cocarde » galopaient au centre d'un carré, encadrés sur leurs flancs par les cavaliers, montant les chevaux blancs de Camargue.

 

Le spectacle était saisissant et la cavalcade équestre attirait de nombreux badauds. Après une course folle depuis la manade, les taureaux excités par les cris poussés par les gardians, enivrés de liberté, s'engouffraient avec violence dans le toril qui jouxtait le cirque

 

Un nuage de poussière s'élevait alors sous la charge des sabots qui dérapaient sur la terre de feu.

 

 

Cette journée illuminait le quotidien d'Estelle qui conduisait la Méhari jusqu'aux pacages. Les chevaux étaient encordés aux troncs des peupliers argentés. Elle prit le soin de choisir celui qui la conduirait au village, ni trop capricieux, ni trop impétueux. Son frère acceptait sa présence mais ne lui témoignait aucun intérêt.

 

Il vaquait à ses occupations sans lui accorder un regard.

 

Pourtant sa connaissance des lieux et des bêtes était l'assurance d'une aide précieuse. Elle caressa le poitrail soyeux du cheval blanc aux yeux de caillou noir qui émit un long hennissement, le cou tendu vers les nuages.

Apaisé par la caresse d'Estelle il racla le sol du pied en signe de reconnaissance. Aidé du père qui pour l'instant était à jeun, trois voisins se présentèrent en selle pour organiser l'équipée

Le choix des taureaux était rationnel et adapté à la course qui se déroulerait pour les festivités. Ils devraient être à la fois courageux, combattifs et d'une taille moyenne pour éviter la confrontation meurtrière, toujours possible, avec les « razeteurs » 

La cocarde attachée sur le front servait de leurre aux jeunes gens du pays entraînés à cette course folle où le fauve se mesurait à eux.

L'affrontement comportait toujours des risques graves car la charge du taureau était souvent imprévisible et une chute malencontreuse pouvait être fatale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE 6

 

La journée de Juin s'annonçait agréable, le ciel nettoyé des brumes matinales se reflétait dans les eaux dormantes de l'étang.

 

Escortée par l'équipe de gardians conduite par son frère, elle s''immisca dans le carré formé par les cavaliers encadrant les quatre taureaux à la toison d'ébène.

Réunis à coups de tridents, les quatre taureaux choisis furent aussitôt prisonniers des gardians et d'Estelle. Tout en verrouillant fermement l'échappée des animaux excités par la course folle, la petite troupe s'élança au galop à travers champs et chemins de terre.

 

Le spectacle de cette amazone singulière à la flamboyante crinière emmêlée par le vent de la course était d'une saisissante beauté, qui n'échappa pas à la masse des spectateurs, entassés tout au long du parcours.

Une ovation s'éleva et les applaudissements fusèrent dans un enthousiasme délirant.

 

L'arrivée en trombe du troupeau donna le frisson à quelques imprudents qui cherchaient à se faire peur en frôlant le danger. La troupe de taureaux aux yeux de jais injectés de sang, aux museaux écumants de bave passa dans un roulement assourdissant de sabots. Le porche en arche se referma sur eux.

 

Estelle tira sur le mors afin de stopper la course de son cheval qui se cabra sous la douleur.

Elle décida de faire le tour du village en longeant les murailles qui l'enserrait comme un bastion.

A petit trot, elle parcourut le chemin qui conduisait à la plage. Elle connaissait les lieux et savait pouvoir trouver la petite fontaine où son cheval pourrait se désaltérer.

 

Pendant qu'il s'abreuvait à longs traits, elle fit quelques gestes de décontraction pour évacuer le stress de la course

Le jean bleu fané la moulait, dévoilant avec insolence ses formes parfaites et les bottes cavalières en cuir fauve masculinisaient la tenue sans réussir à la rendre banale. Une chemise à fleurs aux tons ensoleillés était nouée sous les seins voluptueux.

 

La « féria » n'aurait lieu que demain et les aficionados seraient au rendez-vous pour remplir le cirque .La chaleur intense qui brûlerait les gradins de pierre blonde ne pourrait priver les amateurs de leur irrépressible passion tauromachique.

Ils seraient là, présents, coiffés de chapeaux de paille ou de mouchoirs noués aux quatre coins, héroïques jusqu'à la fin des combats.

Les « ola » s'élèveraient après chaque fuite réussie devant le taureau et l'enthousiasme serait à son comble lorsqu'un jeune « razeteur » brandirait la cocarde tant convoitée.

 

 Estelle avait assisté tant de fois, année après année à ces divertissements dans  les arènes, mais ne se lassait pas ces survivances des siècles antiques où les jeux du cirque rassemblaient tout un village dans l'euphorie d'une communion païenne.

 

 

Mais cette soirée lui appartenait. Elle ne rejoindrait pas le mas perdu dans les étangs noyés de brume.

 

 Elle dormirait sur cette immense plage aux contours infinis.

 

Déjà l'horizon s'enflammait.

Du mauve à l'orangé en passant par les tons d'or bruni, le ciel n'était qu'un seul et immense tableau rutilant.et flamboyant.

Peu à peu les teintes se diluèrent, perdant de leur éclat, devenant une écharpe aérienne aux coloris mauves qui annonçait le crépuscule.

 La masse changeante de la mer devenait grise tandis que le ressac s'apaisait.

La brise marine effleurait légèrement Estelle qui contemplait le spectacle, couchée à même le sable pour s'imprégner voluptueusement de cet instant magique.

 

 

 

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