Le crocanard (et non pas le croconard, comme croit savoir notre correspondante) vivait, voici un siècle encore, dans les fermes au bord du Nil. C'est pour cela que l'on parle du crocanard du Nil.
Avec son bec épaté qui lui servait à fouiller la vase, sa toute petite tête et ses trois plumes autour des yeux, aucun animal ne le respectait, à l'exception notable des crapauds buffles et de la crocanarde, laquelle pouvait rester des heures les yeux fixés sur sa queue !
Des photographies, et même un film peu connu des Frères Lumière, montrent sans contestation possible l'énormité de cet appendice du crocanard.
Cependant, bizarrement, comme je viens de le dire, nul ne le prenait au sérieux, mis à part aussi les riveraines du Nil, lesquelles pouvaient rester des heures à contempler pensives la machine à éclater les crapauds buffles que le crocanard avait derrière la tête.
Des ethnologues ont prétendu qu'elles soupiraient en la comparant à l'outil à fertilité de leurs paysans de maris. Mais vu que les ethnologues susdits étaient toutes de sexe féminin, on peut douter de la validité de cette thèse.
Certes, d'aucuns affirment que l'expression désormais courante : "espèce de gros connard", viendrait de l'expression :"is spes di crocanard", qui signifierait en dialecte d'époque (à peu de choses près) :
"Tu te sens pas ridicule à côté du crocanard ?"
De là, jeunes filles et femmes moins jeunes en seraient venues à traiter par dérision un amant immodeste de "crocanard," ce qui donna on ne sait comment "croconard", lequel muta en "gros connard" suite aux échanges touristiques et aux papotages entre femmes des deux rives de la Méditerranée.
Aujourd'hui, le crocanard a disparu de notre bestiaire. Peu sont ceux ou celles qui savent ce qu'ils ou elles leur doivent.
Félicitations donc à cette correspondante qui a exhumé le crocanard (l'erreur quant au terme originel est compréhensible compte tenu des évolutions sémantiques que nous venons d'exposer) de la gangue d'oubli où il se momifiait.
A quand une thèse sur les relations entre cet animal étonnant et la prise de conscience par les femmes de l'inconsistance des hommes ?
Ombres et lumières, une vie
Sources :
"La fin du crapaud buffle", archives lyonnaises des Frères Lumières, photographies et court métrage (8'32"), Lyon 1894.
"Crocanard du queue la de aulne l' à ridicule parfaitement est zizi ton", d'un collectif de femmes, direction Habib Encorunmecàla têtedubazar, traduit de l'arabe par Francine Sechs, Editions Fermes et Fleuve, Le Caire 1896.
"Is spes di crocanard, ou des origines de la comparaison comme ressource de la raison" Marie-Bénédicte Fan-Thasm, Presses de la Cécité, Paris, 1907.
Avril 2008
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Commentaires :
pseudo : obsidienne
réintroduisons le crocanard dans nos campagnes littéraires ! (et éradiquons le croconard). Il paraît que la femelle ne pond que quatre oeufs !
pseudo : PHIL
TROP FORT C EST VRAI QUE LES CROCONARDS SE REPRODUISENT A UNE VITESSE INQUIETANTE
pseudo : Ombres et lumières, une vie
Merci les gars. Vous êtes super.
pseudo : scribio
Pas mal du tout !! je connais des tas de "croconards" mais pas le crocanard, voilà; c'est chose faite et j'en suis ravie. Merci
pseudo : deborah58
Vraiment trés interessante comme réflexion : à la fois richement documentée, pertinente et d'une trés grande finesse d'analyse. Je te mets un coup de coeur et un plus en technique car je trouve que ton texte est vraiment réussi. Bravo à toi Bruno ! Bonne continuation. Amitiés
pseudo : Ombres et lumières, une vie
Scribio, je suis ravi de ton ravissement. Déborah, venant de toi ton compliment me touche particulièrement. Merci vraiment.
pseudo : margoton
Magnifique érudition en étymologie, zoologie, archéologie ! j'ai beaucoup apprécié l'exploit ! et l'humour, naturellement.