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La Joile Pompe de Monsieur Batik ou Pompesement Parée par Anne Mordred

La Joile Pompe de Monsieur Batik ou Pompesement Parée

Pompeusement Parée ...

 

 

Pour une belle pompe, c’était vraiment une belle pompe! Ainsi pomponnée de neuf, elle se sentait toute ragaillardie. Après tout, elle n’avait qu’une petite centaine d’année. Elle n’était pas si vieille que ça...

 

 

 

*

 

 

 

La maison était restée longtemps inoccupée. Puis, il y a quelques années, de nouveaux propriétaires avaient emménagé D’abord, ils s’étaient occupés de travaux futiles: des peintures, des tapisseries, et même d’installer l’électricité! Ensuite, la femme avait accroché des rideaux aux fenêtres.

Ah, évidemment, la maison avait l’air plus coquette désormais. On aurait presque pu la croire neuve sans la grande fissure de la cave qui courrait rejoindre la cheminée. Les nouveaux arrivants ne s’étaient aperçus de rien, mais, la pompe, elle, savait bien que les fondations s’étaient ouvertes en deux, au dernier tremblement de terre; elle avait même craint que la faille ne rejoigne la citerne. Mais non. Seul le bâtiment avait un peu souffert. La grande cuve et tout le mécanisme étaient restés intacts.

Naturellement personne n’avait plus pompé d’eau depuis la guerre...Et la pompe se croyait hors d’usage. Grippée, rouillée, désespérément immobile, elle avait oublié jusqu’à la sensation de l’eau montant dans ces tuyaux. Plus la moindre petite goutte perlant au robinet. D’ailleurs à quoi servirait-elle désormais? Dans la maison on avait installé l’eau de la ville.

Et le jardin n’intéressait plus personne! Les maraudeurs eux-mêmes ne se risquaient plus dans les touffes de ronces, imbriquées dans les vieilles éteules qui envahissaient tout, et protégeaient la propriété mieux qu’une barrière.

Pendant quelques temps, après la mort de la vieille qui l’avait laissée à l’abandon, ses enfants étaient venus ramasser les fruits de temps en temps. Puis ils s’étaient lassés. Ils avaient cherché, sans succès, un nouveau locataire. Pas question d’habiter une masure sans confort! Ils avaient fini par la mettre en vente.

D’éventuels acheteurs venaient, de temps à autre, voir la maison avec l’espèce de type adipeux que l’agence avait mis sur le coup, mais ils n’avaient pas un oeil pour le jardin. Il faut dire qu’il n’avait pas bel air...

Mais comparé à ceux des petits pavillons des alentours, il était pourtant d’une autre trempe! De hautes futaies, une haie touffue près de la rue, un espalier sur le mur, une pergola, en ruine certes, mais fort charmante, et une glycine dégoulinant devant la porte: c’était tout de même autre chose que les trois ou quatre arbustes maigrichons qui étaient disséminés sur les pelouses voisines. Encore fallait-il savoir reconnaître les essences rares qui le composaient. Les citadins que l’agence amenait visiter ne savaient pas apprécier la valeur du jardin.

Quand la maison avait été vendue, ceux là non plus n’avaient pas accordé grande attention au vieux massif de roses anciennes, pas davantage ils n’avaient parlé de tailler les arbres. Ils n’y connaissaient rien! Le genre à tout raser et à planter du gazon.

Heureusement, un dimanche de printemps, un grand monsieur était venu leur rendre visite. Il paraissait de leurs amis et prenait parfois familièrement la femme par la taille. Lui, il vit tout de suite que le cerisier en fleur promettait une bonne récolte. Par contre, les pommiers s’étiolaient et avaient besoin d’un bon rafraîchissement...

Les autres l’écoutaient humblement et semblaient respecter son avis. Le jardin frémit de soulagement sous la brise de mars quand il promit de revenir et de leur donner un coup de main.

Le dimanche suivant, il était là à l’aube. Il commença par tailler les rosiers, nettoya le parterre, planta quelques fleurettes sans grand intérêt. Ensuite seulement il s’attaqua au débroussaillage. Enfin! Avec ses outils modernes, il fit bien quelques erreurs, et dans sa hâte, les arbustes, emmêlés dans les ronces, se trouvèrent ratiboisés. Mais le soir, tout le jardin était propre, les allées retracées et les arbres qui étouffaient dans les herbes et le lierre depuis près de dix ans respiraient de nouveau.

Ils prirent l’apéritif devant la maison et, la pompe put se rendre compte que l’on parlait d’elle. L’homme l’avait découverte le long du mur, et dégagée des ronces qui la gênaient, elle se sentait déjà mieux. Quelle ne fut pas sa surprise d’entendre vanter la robustesse de son mécanisme: il fallait voir si l’on pouvait encore le faire fonctionner. La femme se récria. On n’allait pas se donner du mal pour une vieillerie pareille: c’était déjà si gentil à lui d’être venu leur donner un coup de main... Ils ne voulaient pas abuser de sa complaisance. On n’en parla plus. Décidément elle était idiote, celle-là, tout juste bonne à confectionner des rideaux à pompons ... Et encore, on pouvait parier qu’elle les avait achetés tout faits dans ces horribles magasins géants où l’on vend même des lances d’arrosage.

Effectivement le grand monsieur revint souvent. A l’occasion, il tailla les rosiers ou fuma les arbres. De la pompe, il ne fut plus question. De temps à autre il essayait d’actionner le levier sans résultat. La femme l’en dissuadait en se moquant de sa manie.

A un moment, ses visites se firent de plus en plus fréquentes, mais il s’intéressait moins au jardin. Désormais, il venait plutôt quand le mari était absent. Dès son arrivée, il montait dans la chambre avec la femme, et on les entendait rire du jardin. Puis, qu’arriva-t-il? Un soir d’hiver, ils se disputèrent et l’homme quitta la maison en claquant la porte . On ne le revit plus. Le mari dut se mettre à l’entretien du jardin. Il ne savait pas tailler les roses. Pas davantage entretenir le massif. Il arrachait les jeunes pousses en ratissant la terre. La pompe rouillait de plus en plus, car le premier soin de son propriétaire avait été d’acheter un système d’arrosage moderne. L’été fut un désastre.

La femme soupira que leur ami leur serait bien utile. Son époux, qui semblait ne pas savoir pourquoi il ne venait plus les voir, insista pour qu’elle lui téléphone ... Alors elle se mit à considérer la pompe d’un oeil nouveau, et un matin, sous le prétexte de demander des conseils pour la remettre en marche, elle écrivit à son ancien amant, une longue lettre, faussement pompeuse.

 

 

 

*

 

 

 

Il se fit un peu tirer l’oreille. Mais, vers la fin de l’hiver, il téléphona et promit de venir prendre le café chez les Dumont. Ce qu’il fit dans un délai raisonnable. Avant de se séparer, ils sortirent tous au jardin et s’approchèrent de la pompe.

Il faudrait d’abord la décaper et traiter le métal,” dit leur hôte qui paraissait avoir perdu son bel enthousiasme. “Ce n’est plus qu’un paquet de rouille à présent! Vous auriez dû vous en occuper plutôt si vous aviez l’intention de la remettre en marche...”

Alors, pour la première fois, la femme eut un geste gentil pour la pompe, elle posa sa main sur le col, et le caressant doucement avec ses doigts, elle s’excusa:

Nous avions d’autres choses à penser. Il y avait tant à faire à la maison à ce moment là.

Mais, à présent,” ajouta-t-elle en pressant le fer de sa main chaude, “nous regrettons de ne pas nous en être préoccupés plus tôt.

Si tu crois qu’il n’est pas trop tard, je vais la décaper un peu.

Tu pourras jeter un oeil au mécanisme.

- Entendu,” concéda l’autre.

Si tu veux vraiment réparer, je viendrai un après-midi.

Nous verrons bien ce qu’elle donne. En attendant, elle a besoin d’un sérieux coup de dégrippant. Faites moi signe quand vous aurez eu le temps de la traiter.”

C’est qu’elle en mit un coup, la belle! Pour revoir l’homme qui aimait les arbres et semblait lui avoir laissé des souvenirs inoubliables, elle était capable de tout, même du sacrifice de ses jolies mains. Elle astiqua, elle astiqua. A genoux devant la pompe, elle la brossa, ponça, s’échina, toute en sueur, les cheveux défaits lui revenant dans la figure. Ses ongles fins grattèrent le moindre interstice. Puis, pour faciliter le travail de son amant, avec ses doigts, elle enduisit de graisse tous les mécanismes, un à un. L’huile pénétra profondément dans les rouages ainsi lubrifiés.

La pompe n’en croyait pas ses yeux. Sous les soins amoureux de cette charmante jeune femme, elle se sentait une allégresse toute neuve. Pour un peu, elle en aurait coulé de plaisir, avant même que l’on ne mit le mécanisme en action. En tout cas, elle était très impatiente de savoir si tant d’attentions allaient donner un résultat. Et elle se prit à évoquer, avec nostalgie le temps de sa jeunesse où, plusieurs fois par jour, on venait la solliciter et où elle sentait la délicieuse pression de l’eau fraîche monter dans ses tuyaux et couler de son col par le bec de cuivre bien astiqué.

...Mais aujourd’hui, elle restait bel et bien sèche, malgré ses souvenirs. Le temps avait fait son oeuvre.

Alors elle commença à se faire du souci: et si l’eau de sa citerne s’était gâtée... Elle n’était plus bien sûre que des feuilles ou des brindilles ne puissent pas s’être glissé par les fentes de la maçonnerie et ne se prennent dans le mécanisme à la première montée de l’eau, la rendant définitivement inutilisable. Quelle angoisse!

Ils étaient vraiment légers, ces citadins, de ne pas avoir vérifié l’étanchéité de la citerne avant de tenter de la remettre en route.

Non, décidément, il valait mieux ne plus faire attention aux efforts de la jeune femme, et décider de rester en l’état. Elle était encore maîtresse de son sort. Si elle ne se laissait pas enjôler par les caresses de cette péronnelle, l’homme aurait beau faire. Il en serait pour ses frais.

Elle était rouillée, vieille et démodée, pourquoi venait-on troubler son repos?

Effectivement, quand ils essayèrent de l’actionner, rien ne bougea. La pompe semblait définitivement morte. Elle ne fit pas un effort pour couler, et resta là plantée dans son immobilité méprisante, au fond du jardin. Les Dumont, qui, à force de la bichonner, s’y étaient attaché, décidèrent, pour ne pas avoir fait tout ce travail à rien, de lui donner, tout de même, un coup de peinture, pour “faire joli” au fond du jardin.

De toute façon, nous ne nous en serions jamais servis, nous avons un système d’arrosage automatique. C’était par pur caprice que nous l’avons remise en état... Elle est si décorative.”

La pompe, humiliée, mais de plus en plus décidée à ne pas donner d’eau à des gens aussi futiles, se résigna à son rôle “décoratif”. On la faisait visiter, à présent, en grande pompe, aux nouveaux venus, qui s’extasiaient poliment. Quelques-uns tentèrent naturellement de l’actionner. En vain! Pas la moindre goutte ne tomba dans la vasque où la femme avait osé planter des gerania...

L’homme grand et fort, quant à lui, ne venait plus que rarement, il ne taillait plus les rosiers, et semblait pressé de s’en aller.

Les propriétaires de la maison tournèrent de plus en plus mal. Le mari eut de l’avancement et ils construisirent un garage. Ils donnèrent des réceptions qui nécessitèrent d’aménager un salon de plein air. Pour ce faire, ils coupèrent la glycine. Il y avait longtemps qu’ils avaient détruit la pergola sur laquelle grimpait le plus beau des rosiers. Le reste disparut au profit d’une pelouse. Ils achetèrent des meubles de jardin de style néo-pompier, une tondeuse à gazon, et rejoignirent le clan de ceux qui polluaient de leurs vrombissements la tranquillité des soirs d’été.

Enfin, la maison leur parut trop modeste pour le train de vie qu’ils menaient désormais. Et, fort heureusement, ils songèrent à déménager avant d’avoir complètement détruit les arbres du jardin.

Il vendirent à l’ancien amant de la femme. Elle avait bien encore un petit sentiment pour lui, et durant le déménagement, elle tenta de le rallumer. Mais elle avait trop vieilli pour que sa légèreté fût encore un charme. Au contraire le vide de son âme s’était peint sur la lissité trop bien entretenue de son visage. Il resta de glace.

 

 

 

*

 

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Style : Nouvelle | Par Anne Mordred | Voir tous ses textes | Visite : 233

Coup de cœur : 6 / Technique : 5

Commentaires :

pseudo : Anne Mordred

Vous voudrez bien excuser la faute du titre! Je n'ai aucune idée de comment on peut modifier un titre ...

pseudo : lutece

malheureusement on ne peut pas le modifier, il faut supprimer le texte, change le titre et renvoyer le tout. Je sais pareille mésaventure m'est déjà arrivée. Mais ce n'est pas bien grave, l'essentiel c'est ce que tu exprimes, nous sommes tous des amateurs et il nous arrive à tous de faire des fautes de frappe.

pseudo : Anne Mordred

Merci de ton indulgence.

pseudo : lutece

Ne me remercie c'est un plaisir pour moi de pouvoir apporter mon humble aide aux autres Juste une petite chose si je peux me permettre, essaye d'utiliser une police plus grande car là c'est écrit petit petit et perso j'ai un peu de mal à lire

pseudo : Anne Mordred

oui, je m'en rends compte. Mais le texte est un peu long (j'ai d'ailleurs dû le couper) J'ai crains les coupures surprise. Qu'on veuille bien m'excuser.