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Pardon ... par Lou

Pardon ...

                Je n’ai sans doute pas l’âme d’un écrivain, mais à cet instant, la seule chose qui me vient à l’esprit, c’est : écrire. Ecrire pour se confier, écrire pour témoigner, écrire pour se libérer.

Cette perle rare des îles. Cette beauté colorée. Je n’aurais même pas espérer un regard et cependant elle m’a adressé bien plus qu’un sourire : elle m’a parlé. Elle m’a conté sa vie, là-bas en Guadeloupe, les différences entre sa terre et la métropole. Elle m’a parlé de sa famille, plutôt « décomposée » que « recomposée » ; et le jeu de mots la faisait rire. Un rire argentin, communicatif, qui laissait dévoiler ses dents brillantes qui contrastaient avec sa peau charbon.

                J’aurais du lui dire. J’aurais du lui dire que quand elle me parlait, il me semblait flotter sur un nuage de coton ; que quand elle souriait, mon cœur se réchauffait ; que si elle disparaissait, je ne saurais que faire pour ne pas sombrer.

Ecrire peut-être. 

                J’aurais du lui écrire, puisque ma voix se bloquait dès qu’elle était dans un périmètre réduit autour de moi. J’aurais pris le beau papier à lettres de ma sœur, j’aurais rédigé avec soin, je me serais relu, et je me serais inspiré des livres pour l’émouvoir.

                J’aurais du. Et à présent, il est trop tard.

Voyez ce que j’ai vu. Elle et cet homme. Elle m’avait avoué qu’elle l’aimait, qu’elle se sentait bien avec lui. Je lui avais dit de se méfier, avec les garçons plus âgés on ne sait jamais. Elle avait ri en m’assénant que j’étais jaloux. Et c’était vrai. Voyez ce que j’ai vu. Ils étaient là, sur cette falaise, et il a tenté une approche directe, le baiser. Il était langoureux ; il m’a transpercé tel un couteau tranchant ma gorge. La jalousie. Il a continué à se rapprocher, il a posé ses mains sur sa poitrine. Je bouillonnais, du rocher d’où j’observais en cachette, à quelques centaines de mètres. Il n’avait pas le droit. Elle le savait aussi. Elle s’est débattu, elle a glissé, elle est tombée.

                Dans l’eau. Dans les vagues déchaînées de l’océan. Sa tête refaisait surface par instants, très brefs, et il ricanait, le salaud. Il ne se rendait pas compte qu’elle ne s’en sortirait pas. Il n’a rien fait pour elle, ce salaud. Et moi, à deux cents mètres au moins, sidéré, ébahi, abruti. Abruti, oui !

                J’aurais pu courir, me démener pour m’approcher des roches d’où elle avait chuté. J’aurais pu plonger, la ramener à la surface, la secourir. J’aurais pu alerter les secours, retrouver son « assassin », lui faire la peau. Mais je n’ai rien fait ; je mériterais de mourir pour cela.

               

                Pardon. J’ai du prononcer ce mot une dizaine de fois – voire une centaine – en regardant les flots de la plage où je me suis écroulé, inconsolable. La mer chatouille mes pieds, elle est froide. Comme mon cœur. Et mes sanglots coulent de plus belle, se cessant à aucun moment. Dans quelques heures, le soleil se lèvera. Les recherches commenceront ; ils retrouveront son corps. J’irai témoigner, dire ce que j’ai vu ; je m’accuserai de ne lui avoir pas porté secours, on me punira sans doute.

                A ce moment-même, la brise se lève. Elle m’embrasse, me glace, et mène à mes pieds, une fleur venue des mers. Une sorte de lys, rose et blanc. Comme elle portait si souvent sur ses cheveux de poupée.

C’est à cet instant que j’ai compris, qu’elle m’avait pardonnée.

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