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JOURNAL D'UN ANCIEN GLOBE-TROTTER par Justine Mérieau

JOURNAL D'UN ANCIEN GLOBE-TROTTER

 

Il vient de m'arriver une chose assez insolite...

En poste sur l'île de La Réunion depuis quelques mois, comme c'était le week-end, j'avais décidé ce jour-là d'aller à Saint-Denis, la capitale. Visiter le Muséum d'Histoire Naturelle, qui se trouve en centre ville, dans un vaste et beau parc dénommé Jardin de l'État...

De prime abord, ce musée n'a pas l'air d'en être un,  installé comme il l'est à l'intérieur d'une superbe case créole du plus pur style colonial : immense corps de bâtiment rectangulaire, flanqué en façade de quatre très hautes colonnes soutenant un chapiteau triangulaire. Le tout d'une blancheur éblouissante, au milieu de cet écrin de verdure baigné presque en permanence d'une intense luminosité.

Après m'être parfois étonnée, parfois émerveillée devant le patrimoine biologique de la faune et de la flore réunionnaises, dont certaines espèces endémiques disparues depuis, mais regroupées ici sous différents aspects tels que croquis, aquarelles, herbiers, oiseaux empaillés, sculptures diverses et squelettes d'animaux, je sortis du musée un peu plus instruite qu'auparavant sur mon nouveau pays. Notamment sur les dodos, dont j'avais souvent entendu parler sans savoir qu'il s'agissait de sortes d'énormes dindes sauvages, tellement chassées autrefois pour leur chair malgré l'odeur épouvantable que, paraît-il, elles dégageaient, (peut-être aussi pour cela ?) qu'elles avaient très vite disparu ; de même que toute espèce de singes et de perroquets, d'ailleurs... Et redoutant davantage à présent, je dois dire, de trouver dans mon habitation quelque scolopendre ou scorpion, eux, toujours bien présents... Même si leur piqûre n'est, semble-t-il, pas aussi dangereuse ni douloureuse que dans d'autres pays tropicaux ou équatoriaux. Mais plutôt heureuse maintenant, de pouvoir enfin donner un nom à ces fines silhouettes, si particulièrement blanches et gracieuses, que j'avais déjà souvent remarquées planant dans l'azur du ciel... ou encore, tournoyant au-dessus de l'océan pour y plonger soudain parfois, à l'affût de quelque pitance. Ce sont les fameux Paille-en-queue, ces oiseaux mythiques de l'île par excellence... J'étais quand même un peu triste d'avoir appris qu'en quatre siècles, l'homme avait fini par éliminer vingt-cinq espèces d'oiseaux, une vingtaine de plantes, et quatre-vingt pour cent de forêt... Dieu merci, je fus rassurée de savoir que, malgré tout, les botanistes du monde entier s'accordaient à reconnaître La Réunion comme unique en son genre, parce qu'étant la seule à posséder autant de plantes endémiques et exotiques, et autant d'espèces de bois de couleurs (cent cinquante-trois exactement) sur une surface aussi restreinte. N'empêche que je regrettais beaucoup qu'il n'y ait plus d'oiseaux-mouches, de calaos, de perroquets et de singes ! L'homme, toujours lui, (surtout les premiers débarqués sur l'île) avait encore perpétré ses dégâts...  (A suivre)

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Style : Nouvelle | Par Justine Mérieau | Voir tous ses textes | Visite : 868

Coup de cœur : 15 / Technique : 10

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