Midi
Un souffle chaud écrase la savane.
C'est l'heure de la sieste.
A l'ombre des bosquets les antilopes rêvent
Et près du marigot, l'air digne et doctoral
Un grand calao noir médite sur un pied.
Tout est calme et tranquillité.
Nul carcaillot ne trouble le repos
Et les perdrix, en compagnie, ont cessé de cacaber.
C'est l'heure exquise où les fossoyeurs de la brousse
Les croque-morts aux becs crochus
N'ont rien à surveiller du haut des baobabs
Les fauves redoutés ne sont plus à l'affût
Le frêle damalisque est en sécurité.
Sur un vieil acacia, un gros cynocéphale
Montre irrévérencieux à un guib harnaché
Son postérieur pelé et se cherche les poux.
Les taons repus ont cessé de piquer.
Chaque être est envahi par la torpeur rituelle.
Le comique pic boeuf, naguère vigilant
Ne bat plus de son bec orange et pointu
Des vermisseaux le requiem.
Dans la brume fumante à l'heure du répit
Le puissant solitaire au massacre pesant
Peuple son univers de soleils qui déclinent
De fraîches nappes d'eau qui giclent sous son corps
Et d'instants délicieux que rien ne vient troubler.
Mais une odeur étrange envahit l'horizon
Relents de sang à l'heure où la faune rumine
Les poumons emportés le buffle périra
Trophée haut, en beuglant son désespoir ultime.
Midi, pour une tragédie.
1968
"Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur est interdite"
Style : Poème | Par Ombres et lumières, une vie | Voir tous ses textes | Visite : 910
Coup de cœur : 8 / Technique : 8
Commentaires :
pseudo : Iloa
J'ai aimé le rythme...très Africain peut être. Et puis les images, j'ai tout vu et tout senti...alors merci pour ce partage.
pseudo : Ombres et lumières, une vie
Sourire, Iloa. Africain oui. Je tiens à cette part de moi qui me verlainise. Merci.
pseudo : Karoloth
On s'y croirait. Midi, l'heure du crime...
pseudo : Ombres et lumières, une vie
Vi, l'heure du crime Karoloth !