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Don Juan Donado Y Ordonez Di Salamanca par BillyBob

Don Juan Donado Y Ordonez Di Salamanca

Ah ! Il m'envoie des rayons si forts ! Où suis-je ? Dehors ? Mes médecins ne me l'auraient pas permis. Quel est donc ce cri ? Je dois être à la fenêtre. Oh ! Qu'on me rentre: je n'en puis plus, il me brûle. Je vais appeler mes domestiques.

- Hola ! Hola ! De l'aide pour votre maître ! Mon Dieu, pourvu qu'ils ne m'aient pas abandonné ! Si c'est le cas, les médecins seront enfermés. Je les avais sommés de trouver un remède à la maladie et de ne pas me quitter avant. Auraient-ils désobéi ?

A présent, je me sens bien. Il ne m'ennuie plus. Je m'adapte rapidement malgré mon état. Toutes ces années passées en mer m'ont rendu solide...

Je vais tenter d'ouvrir les yeux: Margarita se promène peut-être dans le jardin. Voir ma fille me réconfortera. Je pourrais l'appeler; elle viendra me rejoindre.

Mes yeux ne s'ouvrent plus ! Des souvenirs m'envahissent. Cet affreux naufrage... et ce sel qui se loge partout, même dans les orbites. Je m'en suis sorti finalement... La colonie m'a recueilli après bien des jours d'errance et de souffrance.

Enfin, ils s'ouvrent. Ca y est, la lumière m'envahit, cette lumière divine qui nous protège et nous fortifie, nous Espagnols. J'en suis la preuve vivante. Cette fièvre contractée à Madagascar n'a pas eu raison de moi. Mais où suis-je ? Quels sont ces bâtiments qui m'entourent ? Où m'a-t-on transporté ? Sur une place... Une place magnifique. On dirait la Plaza Mayor de Salamanque.

Comment ne t'ai-je pas reconnue plus vite ? Une impression étrange se dégage de cet endroit. Et toujours ce cri: une mendiante probablement...

Je ne peux pas bouger. Mon corps est figé. Je dois être à la fenêtre d'une chambre. J'ai l'impression d'avoir dormi des siècles; je réalise mal ce qui m'arrive. Je dois me rappeler...

Notre Roi me demanda, après bien des missions, d'explorer un territoire inconnu: Madagascar. Les indigènes étaient hostiles mais j'avais l'habitude. Je disposais de cinquante hommes armés de mousquets. Nous nous étions installés sur l'île. Les mois défilaient puis ce fut la malédiction... Le quatorze avril 15.., le commandant Valdiz rejoignit Notre Protecteur comme onze de mes hommes auparavant.

Le vingt-neuf avril, le mal me frappa. Je décidai, dans un piteux état, de rentrer au pays. Cette terre était maudite. Le Roi comprendrait: nous n'étions pas assez nombreux pour fouler un sol sous la domination de Satan.

A mon retour en Espagne, Sa Majesté me chassa de l'Armada. Je conservais cependant titres et fortune; peut-être Sa Majesté avait-elle été touchée par mon aspect famélique...? Je me retirais dans ma casa d'Andalousie. Je pris un médecin réputé à mon service et me reposai jours et nuits...

Curieusement, Notre Seigneur ne m'a pas encore rappelé à ses côtés. Je m'en réjouis aujourd'hui. Il fait froid mais je me sens bien. Suis-je guéri ? Mes médecins seront récompensés. Non, ce n'est pas eux, c'est lui; Il m'a pris sous son aile. Bien sûr, je t'ai servi toute ma vie ! J'ai conquis pour lui et civilisé tant de régions en Amérique du Sud ! J'ai éliminé tant de païens nuisibles au Royaume. La purification fut longue mais c'était pour lui, Notre Seigneur à tous. Je me souviens à présent... Mais pourquoi les miens m'ont-ils conduit jusqu'ici ? Elle est vraiment superbe, cette place, ses parois ocres ont la couleur de la vie et cette architecture à colonnes m'enchante. Elle illustre à merveille notre puissance. Elle me plaît mais... que se passe-t-il ? Une impression étrange se dégage de cet endroit. Que les gens marchent vite ! Et quels accoutrements ridicules ! C'est jour de fête aujourd'hui, oui, ce ne peut être que cela. Il me protège. Le Malin ne peut m'atteindre. Oh ! Que ce cri est affreux...

- Hola ! Quelqu'un ! Gardes ! Valets... Où sont-ils ? Ma fille n'a pu me laisser seul, elle m'aime, je l'ai toujours éduquée dans ce sens et sous notre religion, celle qui...

- Allez-vous en ! Partez !

Ils ne font même pas attention à moi, ces suppôts, ces démons qui me regardent en ricanant ! J'ai beau crier, ils ne m'entendent pas. Mon Dieu, cette demoiselle indécente qui découvre ses genoux: quel sacrilège ! Personne n'en tient compte... L'enfer ?

... Non ! Je ne peux le croire ! Je n'ai vécu que pour lui, et je ne suis pas au Ciel ? Pourquoi... Tiens ? Qu'aperçois-je sur la façade à côté de moi ? Cette blancheur, ces visages figés, ces dates ! Oh, Mon Dieu ! Je crois avoir compris...

Je suis Don Juan Donado y Ordonez Di Salamanca.

Je fus conquistador à la glorieuse époque du Royaume d'Espagne. Je suis mort depuis quatre siècles.

Depuis, chaque jour, je suis tourmenté, je ressens des émotions, j'ai froid ou chaud... Ceci est ma pénitence éternelle pour tous les massacres ordonnés dans le but de conquérir des régions d'Amérique et d'ailleurs. Je me suis trompé sur le Tout-Puissant, il ne voulait pas de telles actions barbares envers tous ces peuples.

Il s'est emparé de mon âme et l'a enfermée dans de la pierre à mon effigie.

Je suis Don Juan Donado y Ordonez Di Salamanca

et pour l'éternité, je suis...

... UN MEDAILLON.

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Style : Nouvelle | Par BillyBob | Voir tous ses textes | Visite : 688

Coup de cœur : 15 / Technique : 10

Commentaires :

pseudo : monalisa

BillyBob, révérence pour ta nouvelle magistrale, tu remets les choses à sa place par ce réquisitoire sur ce qu'étais réellement les conquistadors.Remise en question de ce pourquoi on dévoue son âme au Tout-Puissant. Bravo!

pseudo : BillyBob

merci monalisa ta critique me touche beaucoup ^^

pseudo : BAMBE

Je ne regrette pas cette visite, c'est un bien bel écrit que je viens de découvrir. Coup de coeur.